Site Lavigerie des Missionnaires d'Afrique (Soeurs Blanches et Pères Blancs belges)

De Menin à Constantine... POURQUOI ?


Trees D'Heygere, Sœur Blanche de Notre Dame d'Afrique, est née à Menin en 1935.
Elle est en Algérie depuis 1963.
Elle passe d'abord 9 ans à Laghouat, dans le Sahara.
Elle est maintenant à Constantine depuis 1976.
Elle nous explique les motivations profondes de sa vie là-bas.
Algérie

Mes motivations ?

C'est tellement simple : je suis ici parce que j'aime. J'aime ce pays avec ses habitants. Je m'y sens bien. Qu'est ce qui peut exister sans "Amour" ?
Et pourquoi cet amour ?
Il y a le temps passé ici, 38 ans.
Il y a la découverte d'un monde différent par sa religion, sa culture, ses valeurs et ses aspirations, par sa foi et son humanité qui m'interpellent.
Il y a le travail professionnel qui me plonge dans la réalité quotidienne, qui me donne la possibilité d'être solidaire du monde du travail. C'est le départ de tout un réseau de relations, d'amitiés bien variées.
Il y a aussi une grande solidarité avec le monde des femmes. Ces relations sont la toile de fond de mon existence, elles sont le lieu de la rencontre, et je m'y retrouve dans ce terreau humain, qui est sacrement par excellence. C'est tout cela qui nourrit ma vie. Quel est donc cet autre qui me fascine, qui m'interpelle ? Pourquoi a-t-il une façon tout autre de regarder la vie ?

Partage de connaissancesJ'ai eu la chance de pouvoir former beaucoup de jeunes au métier de comptable. J'ai encore des liens avec plusieurs d'entre eux. La confiance que les amis me font en m'associant à leur vie de famille me touche beaucoup ; je participe à leurs joies, et aux évènements douloureux, violents parfois dans l'une ou l'autre famille.

Je suis très frappée par la justesse de leurs réflexions. Ce qui me touche beaucoup c'est le besoin que les jeunes, surtout les femmes célibataires, ont de parler, de s'appuyer sur quelqu'un pour envisager leur avenir, leur vie professionnelle, leur mariage.
Ces femmes se battent contre des contraintes familiales, sociales, elles ne veulent plus se marier uniquement pour être casées. Elles désirent être respectées. J'essaye de leur être disponible. Il y a des femmes démunies, parce qu'âgées, divorcées, sans ressources, sans appuis, qui ont besoin d'un peu de chaleur humaine et aussi d'aide. Yamina a perdu six enfants à cause de la misère et lorsque je partage avec elle, elle me dit : " Mais toi, est-ce que cela ne va pas te priver ? "

Thérèse D'Heygere
Un mot sur mon insertion dans la petite entreprise d'état " Chaabi ". Le travail professionnel me prend intensivement, non seulement par le temps, mais aussi par tout mon être, parce que c'est un lieu de vie très concret, très réel.
Ce qui m'intéresse c'est d'être associée à la vie de ces personnes simples avec leurs espoirs et leurs angoisses concernant leur avenir dans cette entreprise. Je participe à la lutte pour le maintien et l'autonomie de leur entreprise, car il y va de leur survie. Je fais partie de leur univers et ils savent qu'ils peuvent compter sur mon travail et ma discrétion.
Un cadre de la Wilaya me disait, : " Je crois que vous êtes la seule entreprise publique qui fonctionne sur la place de Constantine". Et pourtant je ne sais pas s'il y en a une qui soit aussi vétuste, délabrée et insalubre.


L'important c'est de communiquer le goût du travail bien fait qui valorise le travailleur à ses propres yeux et contribue à sa dignité.

Je vis tout simplement, bien terre à terre comme j'aime le dire, tendue vers plus d'humanité en moi et dans les autres. Devenir hommes, devenir femmes, à mon sens c'est notre vocation, qui prend sa source au cœur de l'homme et au cœur de la femme et c'est là, la demeure de DIEU. J'y crois.

 


Webmaster