Au nom de Dieu le clément, le miséricordieux.
Mon frère Ragheed,

Je te demande pardon de n’avoir été à tes côtés lorsque les criminels ont ouvert le feu sur toi et tes frères, mais les balles qui ont transpercé ton corps pur et innocent m’ont aussi transpercé le cœur et l’âme. (…)
Tu m’avais épaté par ton innocence, ta gaieté, ton sourire tendre et pur qui ne te quittait guère.(…) Te voilà de retour en Irak (il était aux études à Rome), non seulement pour partager avec les gens leur lot de souffrance, mais aussi pour mêler ton sang à celui des milliers d’Irakiens qui meurent au quotidien. Je ne pourrais oublier le jour de ton ordination… les larmes aux yeux, tu m’avais dit : « aujourd’hui, je suis mort pour moi »…une phrase bien dure…
Sur le coup, je ne l’avais pas bien saisie, ou peut-être ne l’avais-je pas prise au sérieux comme il le fallait… Pourtant, aujourd’hui, par ton martyre, je l’ai comprise, cette phrase… tu es mort dans ton âme et dans ton corps pour ressusciter dans ton bien-aimé et ton maître, et pour que le Christ ressuscite en toi, malgré les souffrances et les tristesses, malgré le chaos et la démence.
Au nom de quel Dieu de la mort t’ont-ils tué ? Au nom de quel paganisme t’ont-ils crucifié ?… Savaient-ils vraiment ce qu’ils faisaient ?
Nous ne te demandons pas, ô Dieu, vengeance ou revanche, mais victoire…victoire du juste sur le faux, de la vie sur la mort, de l’innocence sur la perfidie, du sang sur l’ épée…Ton sang ne sera pas vain, cher Ragheed, car il a sanctifié la terre de ton pays…et ton sourire tendre continuera à illuminer du ciel les ténèbres de nos nuits et à nous annoncer des lendemains meilleurs…(…)
Voilà qu’aujourd’hui ton sang et ton martyre ont dit leur dernier mot, verdict de fidélité et de patience, d’espoir contre toute souffrance, et de survie malgré la mort, malgré le néant.
Mon frère, ton sang n’a pas été versé en vain…et l’autel de ton église n’était pas une mascarade…Tu avais pris ton rôle au sérieux, jusqu’au bout, avec un sourire que rien n’éteint…jamais.
Ton frère qui t’aime, Adnan Makrani, professeur d’islamologie.
Le 4 juin 2007.