L’embrasement déclenché par la publication des caricatures de Muhammad est le résultat de l’interaction de multiples facteurs. Un des ces facteurs est
la compréhension différente de l’insulte dans nos sociétés.
En Belgique, en Europe Occidentale, le verbe, tout autant que le geste, portent peu.
On considère celui qui profère une insulte comme un rustre mal élevé.
Au Proche-Orient, en Afrique, il en va tout autrement.
La parole et le geste sont considérés comme efficaces, qu’il s’agisse de la promesse, de la magie (bénédiction, malédiction, mauvais sort) ou de l’insulte.
La violence physique est souvent considérée comme moins grave que la perte d’honneur affectant celui qui est l’objet de l’insulte et qui se trouve dans l’obligation de venger son honneur perdu pour le retrouver.
Beaucoup de pays habités par des populations musulmanes ne vont pas très bien, que ce soit du point de vue économique, politique ou culturel, et souffrent d’une manière ou d’une autre d’un complexe d’infériorité qui les fait à la fois admirer et détester « l’Occident chrétien ».
Alors pour beaucoup d’entre eux
l’Islam est leur fierté. Cela joue souvent aussi dans les communautés d’immigrés marginalisées en Europe Occidentale. Les musulmans se sentent fiers de faire partie de « la plus parfaite des communautés ».
Alors toucher à l’Islam, à Muhammad, c’est toucher à son honneur.
Dans nos pays démocratiques (!) et sécularisés (ah, oui !) nous sommes fiers de nous être libérés de la censure de l’Etat, du pouvoir des Eglises… Ce qui fait
notre fierté c’est notre liberté.
Alors toucher à cette liberté, c’est toucher à notre dignité humaine…
Le point de frottement se situe ici : appartenance ou liberté ? honneur ou dignité ?
Le problème est que cette « liberté d’expression » n’existe qu’en Occident et qu’elle n’est pas comprise dans la majeure partie des pays du Moyen-Orient, de l’Afrique.