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  IL Y A 80 ANS, LE 27 MAI 1927, MOURAIT LE CAPITAINE JOUBERTCapitaine Joubert

SANTA MARIA DE MOBA.
 
 
   

La maladie de sommeil contamina la région de St. Louis de Murumbi en 1908. Hommes et femmes, enfants et vieillards mouraient en grand nombre. Les autorités belges décidèrent en 1910 de faire évacuer la plaine de Murumbi et de reconstruire les villages sur les hauteurs à l'ouest du Tanganyika.
Le Capitaine hésitait à abandonner son village : il était vieux et craignait le déplacement. Il finit par accepter de se transférer à Misembe, un plateau très sain à une demi-heure plus au sud de Baudouinville dans le voisinage de la Moba, une rivière impétueuse. Il nomma son nouveau boma : Santa-Maria-Moba ou Sainte Marie de Moba.
Au bout de neuf mois le grand village était bâti. Il y avait une église de 50 m de long, une école, un double orphelinat et un refuge pour vieilles femmes. Tout était entouré de champs et de cultures.
 
 

Rencontre avec le Père Rutten,
Supérieur Général des Pères de Scheut.
(Extrait de “L’ Avant Garde", août-décembre 1925, Paris)

24 novembre 1922.
"Nous voici sur la place centrale du village ; nous sommes devant la demeure du Capitaine. Par une petite porte aménagée dans un mur de pisé, nous pénétrons dans une cour où se trouvent plusieurs bâtiments. Le plus grand, très simple, sans étage et sans aucun ornement, mais construit en briques est celui où nous entrons. Nous sommes dans une chambre aux murs blanchis à la chaux. Un crucifix et une image du Sacré Coeur de Jésus en sont le seul ornement. Une longue table couverte d'une nappe de toile blanche et quelques chaises rustiques composent tout le mobilier.

Voici Agnes, la femme du Capitaine. Assez grande, droite et svelte, drapée à la mode indigène dans un long pagne blanc. Elle nous salue de fort bonne grâce et nous fait asseoir. Ses traits sont fins et réguliers, son air intelligent et plein de dignité. Je suis surpris de son air de jeunesse ; elle a pourtant élevé huit enfants dont l’aîné approche la trentaine.

J'entends marcher dans la chambre voisine ; bientôt le Capitaine appuyé sur une de ses filles entre par la porte de gauche. Il se déclare heureux de la visite du fils aîné d'un ancien camarade. Pendant qu’il parlait j'aidai le Capitaine à s'asseoir. Puis je m'assis en face de lui et nous continuâmes la conversation.
 
  Missionnaire en même temps que soldat...
Missionnaire en même temps que soldat...

Le Capitaine est de taille moyenne, il est simple et en même temps très affable. Il parle lentement, une langue très pure, aussi pure que s’il venait de quitter la France. De temps en temps il est arrêté subitement par un mot. C'est le nom d'une personne ou d'un lieu, qu'il ne parvient plus à se rappeler. Cette récente infirmité lui fait un peu de peine, me semble-t-il, et elle doit le gêner devant des inconnus...
 
 

Le Capitaine parla du court voyage qu’il fit en Belgique pour saluer une dernière fois ses compagnons. Ses souvenirs sont d'une précision qui m'étonne. Je fus ému d’entendre le Capitaine évoquer ces souvenirs de ma petite enfance et de constater que notre famille était restée présente à son esprit durant ces 42 ans passées en Afrique. Oui, ajouta-t-il, je me rappelle très bien vous avoir vu alors, vous et votre frère. Qui aurait pu prédire que je vous aurais revu un jour au Tanganyika ? Votre frère, le Gouverneur, est déjà venu me rendre visite et vous, qui étiez parti pour la Chine, vous finissez par venir à votre tour !... Nous étions plus de 10.000 zouaves, mais nous ne sommes plus qu'un tout petit nombre. La plupart sont au ciel et mon tour à moi viendra bientôt. Il disait cela avec calme et sérénité.

L’église est à quelques cent mètres de la maison du Capitaine. Elle est très simple, mais propre et spacieuse. En sortant on nous montre un prie-dieu : c'est la place du Capitaine. Tous les jours, soutenu par un des membres de sa famille, le vieux soldat vient ici adorer son Maître et s'entretenir longuement avec lui. J'admire l'unité de cette longue vie. Une seule idée animait l’adolescent et anime aujourd'hui le vieillard : le service de Dieu. Devenu le gardien de ce petit village privé de prêtres, l'ancien défenseur du Pape et des missionnaires est toujours dans son rôle. Il garde le troupeau du Christ au sein des populations les plus misérables de la terre et il monte la garde devant l'Eucharistie.

« Voudriez-vous prier Dieu de me bénir, ainsi que toute ma famille ? » Il s'était mis genoux déjà et tous les membres de sa famille étaient agenouillés autour de lui. Je prononçai la formule latine et fis sur eux le signe de la croix. Puis nous montâmes en vélo et je m’éloignai en refoulant mes larmes. Le soleil se couchait quand nous rentrâmes à Baudouinville .”
 
 

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