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Site Lavigerie des Missionnaires d'Afrique (Soeurs Blanches et Pères Blancs belges) |
| CROIRE, HIER ET AUJOURD'HUI
2. Croire : certitude ? conviction ? confiance ? |
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• Qu'est-ce que croire ? Impossible de vivre sans croire. Tout notre savoir nous vient de la science que d'autres nous ont communiquée, à l'école ou ailleurs. Qui peut tout vérifier, tout prouver ? Il faut donc bien croire. Les nouvelles circulent diffusées par les journaux, la radio ou la TV. Nous les croyons sans perdre pour autant notre esprit critique, sachant bien que les médias sont guidés par leur position idéologique. Nous ne pouvons vivre sans croire ce que d'autres nous disent. Cette confiance est à la base de la société. C'est pourquoi le mensonge est tellement grave dans la vie sociale. Croire n'est donc pas seulement une attitude religieuse, mais d'abord largement humaine. • Croire se situe à trois niveaux. Tu peux croire quelque chose, que ceci ou cela est vrai. Parce que tu ne peux le prouver, tu l'acceptes car cela semble plein de sens. Je crois, par exemple, sur base de la Mécanique quantique, que tout dans l'univers est indissolublement relié. Cela colorie bien sûr ma vue sur la réalité. Je peux aussi croire qu'il existe une réalité que nous nommons "Dieu", parce que cela me semble plein de sens, mais je ne puis le prouver. Tu peux aussi croire quelqu'un, parce qu'il/elle te semble crédible et informé. Je demande à un parisien le chemin du Louvre et je crois ses indications. Malade, je vais trouver le médecin et je crois son diagnostic, que je ne puis prouver. La condition pour croire quelqu'un serait double : il me semble compétent et puis il est désintéressé, il n'a pas l'intention de me tromper ou de profiter de moi. A mes yeux, il est "crédible". Tu peux aussi croire en quelqu'un, et en ce cas tu vis avec l'autre une relation basée sur la confiance. Comment aimer sans se fier à la personne, sans croire en elle ? • Que disons-nous donc dans le Credo en affirmant "Je crois" ? St Augustin mentionnait déjà les trois niveaux de la foi «Credere Deum, credere Deo et credere in Deum». Croire que Dieu est, Le croire, croire en Lui. Le Credo commence par "Je crois en Dieu". Tout de suite, d'autres affirmations s'y ajoutent : "Tout-Puissant, Père, Créateur de...". Est-ce que je crois donc en même temps que Dieu est "Père" ou "Créateur", et quel est le contenu de ces termes ? Cela n'est pas d'évidence immédiate. Il faut distinguer entre "foi" et "croyances". En disant "Je crois en Dieu", j'affirme que je me donne à Lui, que je m'en remets à Lui en pleine confiance. C'est la foi dont Jésus parle tout le temps, qu'il trouve essentielle à l'existence.Mais l'expression "Je crois en Dieu" peut signifier aussi qu'au sujet de Dieu j'accepte un certain nombre de données et que je fais miennes certaines convictions, parce que je les estime importantes pour le sens que j'entends donner à ma vie, même si je ne puis les prouver. L' "autorité ecclésiastique" parle tout le temps du "Dépôt de la foi", ce dépôt de "vérités de la foi" auquel nous devrions soumission intellectuelle sous peine de ne plus pouvoir nous appeler chrétiens. En fait, sont reprises dans ce "dépôt" bien des choses dont nous pouvons nous demander dans quelle mesure elles sont liées soit à la foi, soit à une philosophie, soit à une culture. Les scientifiques aussi se basent, dans leur travail sur les études de ceux qui les ont précédés. Mais il arrive que certains présupposés soient remis en cause par de nouvelles expériences. Le savant réorganise alors son savoir en fonction des nouvelles découvertes.
Il devrait en être ainsi dans notre foi chrétienne. Nous l'acceptons à partir des premiers témoins. A première vue, ils semblent nous avoir transmis des données "objectives". Mais en est-il ainsi ? Quand on enseigne à des élèves la "découverte" de l'Amérique ou la "conquête" de l'Amérique par les Blancs au détriment des Indiens, ou la "colonisation" du Congo par les Blancs au détriment des "Africains", cet enseignement dit de manière incontestable un fait historique et tout aussi incontestablement une manière de voir et de présenter les choses. En un mot : une interprétation. Aussi parlions-nous, dans le chapitre précédent, de la nécessité d'une "retraduction".La différence entre ce qui est affirmé par un dogme, une "définition de foi" par exemple, et son interprétation culturellement influencée, où se situe-t-elle ? Aussi bien en foi humaine qu'en foi chrétienne, le fait et sa présentation, la donnée et son approche sont indissolublement liés. C'est à ce fait-ci que le croyant actuel est devenu très sensible. • Il importe de distinguer : 1. CERTITUDESavoir de manière certaine ou être convaincu ? Souvent le contenu traditionnel des "vérités de foi" ne peut pas être prouvé. Nos contemporains le ressentent très fort : ils "ne savent" pas. En théologie, les dogmes étaient pourtant présentés comme savoir sûr : une thèse était formulée, puis les soi-disant "preuves" étaient tirées de l'Ecriture, de la Tradition et de la "raison". La conclusion se tirait sans hésiter : Voilà, maintenant c'est sûr qu'il en est ainsi. De fait, est-ce tellement sûr ? 2. CONVICTIONLes réalités transcendantes, pourrait-on les "prouver" ? On n'en a donc pas un savoir péremptoire, on avance seulement une conviction. A juste titre, car il est exact que certaines choses qu'on ne peut connaître vraiment, on les accepte, on les "croit", parce qu'elles semblent importantes pour donner sens à l'existence. On les trouve tellement acceptables qu'elles deviennent une conviction, même si celle-ci à proprement parler ne peut se prouver. Ces convictions sur les questions vitales sont indispensables pour se situer sur une base solide. Aussi les abandonne-t-on plus difficilement que les connaissances qui, elles, sont plus faciles à mettre au point après plus ample ou plus récente information. Mais il faut se garder de prendre conviction personnelle pour vérité absolue. 3. CONFIANCELes "définitions de foi" sont-elles ce qu'il y a de plus important ? Jésus est-il venu pour donner des "explications" au sujet de Dieu ou de notre existence humaine ? N'est-ce pas plutôt pour mettre notre existence sous impact divin et l'amener ainsi à sa pleine humanité ? Autrement dit, ne s'agit-il pas plutôt de "croire en Lui" (la foi) que de "croire des choses sur Lui" (croyances) ? La théologie ne doit-elle donc pas accentuer le bon agir, vu à partir de l'agir de Dieu et de Jésus, plutôt que le bon savoir ? Dans l'expérience chrétienne primitive la réflexion sur Jésus et son message a eu son origine dans l'expérience vécue du Seigneur. De notre temps, pourrait-il en être autrement ? Quand nous réinterprétons notre foi, que ce soit en vue de croire de manière pleine de sens et de pertinence, de mieux vivre la vie comme "vie divine", essentiellement reliée à Dieu et non pas en vue de pouvoir tout expliquer à la perfection.Nous faut-il savoir beaucoup pour vivre intensément ? L'authenticité d'une foi chrétienne dépend-elle de l'adhésion à telle ou telle interprétation ? Nombreuses sont les Eglises chrétiennes qui doivent leur origine à des disputes concernant certaines données de foi et qui, depuis des siècles, sont fidèles à vivre leur foi en Jésus. • D'où vient donc cette accentuation sur la "vraie doctrine" ? Des époux qui s'aiment savent beaucoup de choses au sujet de l'autre, mais ne se connaissent guère dans leur spécificité unique. Pourtant, ils s'aiment profondément et s'engagent l'un envers l'autre. Pourquoi alors, quand il s'agit de la signification transcendante de notre existence, voulons-nous tout saisir et fixer en mots et tout synthétiser en doctrine ? Ne serait-ce pas pour exorciser l'angoisse existentielle, procurer une sécurité présumée, par crainte du saut de "la foi", de la remise totale de soi dans la confiance absolue en la Source de notre existence ? | |||||||
Nous serons bien inspirés de garder ceci en mémoire pour la suite de notre réflexion sur les divers aspects de notre foi. M.N. & F.L. (Consulter le menu de cette réflexion) |
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