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Centre de Formation missionnaire de la Ruzizi (Bukavu) |
« Heureux qui comme Ulysse s'en est retourné, plein d'usage et de raison, finir le reste de ses journées à la Ruzizi.» |
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En écrivant ces vers, Ronsard ne pensait certainement pas à la Ruzizi, mais moi qui suis à la Ruzizi, j'ai pensé à cette jolie phrase de Ronsard. Le 26 janvier prochain, j'aurai passé le cap
des 80 ans. Cela n'empêche, que je me retrouve au milieu d'une bande de 34 jeunes africains qui
envisagent de faire les mêmes bêtises que moi : mettre leurs pas dans ceux de plus de 6500 missionnaires
(vivants et décédés tout compris). Quoi de plus agréable que de partager avec eux, ce qu'il m'a été donné de
vivre pendant toutes mes années de vie missionnaire.
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Quand je suis à la chapelle avec eux, jolie couronne de jeunesse, je ne puis m'empêcher de faire
cette prière : “Seigneur Jésus, sois pour chacun d'eux, ce que tu as été pour moi tout au long de ma vie : un compagnon fidèle et miséricordieux.”
Mais posez-moi donc cette question que vous avez sur le bout des lèvres et que vous n'osez pas poser tout haut devant moi.
“Mais qu'est-ce qu'un vieux comme lui peut encore faire dans un Centre de Formation missionnaire, dans une maison de jeunes ?”
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Il y a d'abord une chose que je ne veux pas faire : jouer au jeune, faire comme si je n'avais pas mon
âge. Non, je suis comme je suis, avec des genoux qui grincent, des yeux qui ne peuvent plus lire les petits
caractères sur les emballages des médicaments ... et soyez bien sûrs que j'en passe !
Je profite de certains privilèges de l'âge assortis de la délicatesse des jeunes africains envers les
anciens. Quand je suis à table, je demande toujours au jeune assis à côté de moi d'aller faire la queue pour
me rapporter une assiette de soupe !
Il va de soi que je ne fais pas partie du corps enseignant de notre Institut Isidore Bakanja. Mais je
m'intéresse aux programmes des études, à la variété des sujets proposés et j'avoue que cela me fait un
réel plaisir, de sortir de mon Encyclopédie Universelle des documents philosophiques pour des étudiants en mal de documentation.
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P. Wally Neven |
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Je dois aussi confesser que c'est la première fois que je me fais une petite vanité, à laquelle j'ai
cédé pendant mon dernier congé : acheter quelques beaux et gros livres de philosophie pour épater, oui, je
dis bien épater les étudiants qui verront ma bibliothèque. Je me suis dit : ils vont sûrement penser que
leur vieux est encore au courant ! Ah, s'ils savaient combien j'ai oublié tant de choses, d'abord, celles que
je n'ai jamais enseignées, c'est normal; mais même celles pour lesquelles je me passionnais il y a quarante
cinq ans. Mais, si j'avoue que ces beaux gros livres, comme par exemple le Vocabulaire des Philosophes,
le Dictionnaire d'éthique et de Philosophie Morale, font belle figure sur mon étagère, je constate avec joie
qu'ils sortent et qu'ils reviennent sans doute parce qu'ils rendent service.
Et pour terminer, je voudrais vous laisser poser une question : “Tout cela c'est très bien... mais
pour combien de temps ?” A vrai dire, je n'en sais rien. C'est une question ouverte ; on ne peut pas y
répondre par un chiffre, par un oui ou par un non. D'ailleurs, je dois avouer qu'elle ne me préoccupe pas
beaucoup car j'ai décidé de laisser à d'autres, ceux qui vivent avec moi et à mes supérieurs, le soin de
m'avertir -et je sais qu'ils le feront gentiment -
« Ça suffit, va te reposer ! »
Waly Neven, Mis. d'Afrique
Texte et photos fournis par  |
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